On croit souvent que l'animation est épargnée par la sévérité. Erreur : plus un dessin animé est culte, plus il récolte d'avis assassins — d'autant que personne ne défend son enfance avec autant de mauvaise foi qu'un adulte. Anime phénomène, institution de la télévision, classique intergénérationnel : tous y passent. Et c'est précisément cette matière que Pop Script transforme en jeu : reconnaître un grand dessin animé à partir de la pire critique jamais écrite à son sujet.
On a donc plongé dans notre collection d'avis — des critiques réelles, notées au plus bas, piochées parmi les dessins animés les plus adorés. On en a extrait cinq perles. Cinq moments où un spectateur a regardé un monument de l'animation… et n'a vu qu'une corvée bruyante. Voici notre Top 5 des pires critiques sur les meilleurs dessins animés. Avec, à chaque fois, une petite réponse de notre part.
5. Archer (2009) — « font passer South Park et Family Guy pour Shakespeare et Molière »
Multi-primée aux Emmy, adorée de la critique, l'une des comédies animées adultes les plus citées des quinze dernières années. Notre spectateur, lui, n'a pas ri une seule fois :
« Ce n'est pas drôle, mais alors pas drôle DU TOUT. L'animation est pourrie, c'est probablement intentionnel mais même pour de l'ironiquement nul c'est raté. Un mélange de beauferie profonde et de provoc' gratuite qui font passer South Park et Family Guy pour Shakespeare et Molière. »
— Critique réelle, 2/10
Élever South Park et Family Guy au rang de Shakespeare et Molière pour mieux enfoncer Archer, c'est une figure de style si audacieuse qu'elle mérite presque une étude littéraire à elle seule. Retiens bien cette hiérarchie — « South Park et les Simpsons, c'est de la qualité » — parce que dans exactement deux entrées, un autre critique va t'expliquer le contraire avec la même assurance. L'animation, on s'en doute, n'y survivra pas non plus.
4. L'Attaque des Titans — Saison finale (2020) — « respectez-vous, ne regardez pas a 4e »
Considéré comme l'un des plus grands anime de l'histoire, phénomène mondial dont le dénouement a été commenté épisode par épisode sur toute la planète. Notre spectateur a un conseil, et il tient en une ligne :
« Si vous avez apprécier les 3 premières saisons, respectez-vous, ne regardez pas a 4e »
— Critique réelle, 1/10
Il y a quelque chose de magnifique dans l'idée que regarder la fin d'une série qu'on adore serait un manque de respect envers soi-même. « Respectez-vous » : on dirait un coach de développement personnel reconverti dans la critique d'anime. Le conseil revient à dire « si vous avez aimé le livre, par pitié, ne lisez pas le dernier chapitre ». Des millions de fans ont pourtant pris le risque — et la plupart s'en sont remis.
3. Les Griffin (1999) — « écrit par des lamantins »
Plus de vingt saisons, une institution de l'animation adulte, des audiences que la moitié des séries du monde rêveraient d'avoir. Family Guy divise, soit — mais rarement avec cette image :
« Série écrit par des lamantins qui pousse des boules rempli de fragments de scénario dans une piscine et assemblé aléatoirement par ordinateur. Absolument pas drôle, scenario sans queue, ni tête. Rien à voir avec les séries d'animation satirique de qualité que sont South Park et les Simpsons »
— Critique réelle, 2/10
Détail savoureux : l'histoire des « lamantins qui poussent des boules d'idées dans une piscine » n'est pas une invention de notre critique — c'est une vraie blague que Family Guy a faite sur elle-même pour se moquer de sa propre écriture. Notre spectateur a donc cité, sans le savoir, une vanne du show pour prouver que le show n'est pas drôle. Et comme promis deux entrées plus haut : ici, South Park et les Simpsons redeviennent « de la qualité ». La hiérarchie de l'animation change décidément vite selon l'humeur.
2. Les Animaniacs (1993) — « mes cellules nerveuses hurler à l'agonie »
Produite par Steven Spielberg, récompensée aux Emmy, adorée de toute une génération pour son humour à double étage. Notre spectateur, lui, en garde un souvenir… clinique :
« La série la plus agaçante jamais produite, au point de rencontre précis entre le lourd et le bruyant. À chaque occurrence de ce spectacle grotesque dans mon espace télévisuel, je pouvais entendre la moindre de mes cellules nerveuses hurler à l'agonie. L'écume aux lèvres, je priais alors pour remettre la main rapidement sur la télécommande avant d'être terrassé par une crise de convulsions. »
— Critique réelle, 1/10
Mobiliser « l'écume aux lèvres », « la crise de convulsions » et l'agonie cellulaire pour décrire la pénible épreuve de… regarder un dessin animé jeunesse, c'est offrir à un cartoon une prose digne d'un récit de naufrage. On imagine notre critique terrassé sur son canapé, télécommande hors d'atteinte, luttant pour sa survie face à trois personnages chantants. C'est, sans conteste, la plus belle écriture de toute cette liste — au service de la plus petite des causes.
1. Scooby-Doo, où es-tu ? (1969) — « 4 hippies dans un van hideux… »
Et la première place revient à un pilier absolu de l'animation : plus de cinquante ans d'existence, d'innombrables déclinaisons, un générique que la planète entière reconnaît en deux notes. Notre spectateur livre, lui, une relecture sociologique sans concession :
« L'histoire de 4 hippies qui se déplacent dans un van hideux, qui font le travail de la Police mais qui ne gagnent pas d'argent, et qui doivent surement acheter ce dont ils ont besoin en vendant du LSD. Et en plus je peux pas blairer la gueule de Fred et la voix du clébard. »
— Critique réelle, 3/10
Voilà ce qui arrive quand on regarde Scooby-Doo avec l'œil d'un inspecteur des impôts : une bande de bénévoles non rémunérés résolvant des enquêtes ne peut, logiquement, financer son van que par un trafic présumé. C'est une théorie du complot tellement aboutie qu'elle force le respect. Et la chute — « je peux pas blairer la gueule de Fred et la voix du clébard » — fait basculer l'analyse économique dans le règlement de comptes personnel. Première place incontestable : personne n'avait jamais audité la Mystery Machine.
Alors, l'œil le plus affûté, c'est toi ?
Ces cinq avis ne sont pas des exceptions : ce sont des milliers comme eux qui alimentent Pop Script. Le principe est simple et redoutable. On t'affiche une critique réelle, cinglante, souvent absurde — et tu as soixante secondes pour deviner le dessin animé culte qui se cache derrière, parmi quatre titres. Films, séries, jeux vidéo, dessins animés : quatre univers, une seule règle, et la certitude qu'au moins une fois, tu vas hésiter sur un classique que tu pensais connaître par cœur.
Le plus drôle, c'est de jouer à plusieurs. Reconnaître Scooby-Doo derrière « 4 hippies dans un van hideux », c'est facile quand on est seul devant son écran. C'est tout de suite plus tendu quand le chrono tourne et que tes amis répondent plus vite que toi. Crée une partie, partage le code, et découvre qui, dans ton groupe, lit vraiment entre les lignes — et entre les sarcasmes.
👉 Lance ta première partie sur popscript.fr et prouve que tu vaux mieux que ces critiques. À toi de jouer.